La neurodivergence et la diversité : Vivre son identité autrement
Ces dernières années, des études ont montré que la diversité sexuelle et de genre est plus fréquente chez les personnes neuroatypiques, en particulier chez les personnes autistes. Ces dernières sont proportionnellement plus nombreuses à s’identifier comme transgenres, non binaires ou appartenant à une minorité sexuelle que la population générale.
Quelques hypothèses sont avancées par les chercheurs pour expliquer ce phénomène. Entre autres, les personnes autistes seraient moins influencées par les conventions sociales, ce qui pourrait expliquer leur propension à explorer ou à exprimer une identité qui ne correspond pas aux normes établies. Le genre serait ainsi vécu de façon plus flexible.
Ces constats nous amènent à nous interroger sur la force des normes sociales et sur les possibilités de s’en libérer. Que peut nous apprendre le rapport des personnes neuroatypiques au genre et à l’orientation sexuelle sur la diversité et l’ouverture à la différence ? Nous explorons cette question en discutant avec deux personnes de la communauté LGBTQ+ de leur parcours identitaire.

« Je ne vois pas vraiment le féminin ou le masculin »
Louise Claudel Tremblay, une personne transgenre, travaille à l’Académie des Arts Trouve Ta Voie comme intervenant auxiliaire. Son cheminement identitaire a commencé relativement tard : il a entamé une transition il y a une douzaine d’années, alors qu’il avait 54 ans. « En 2008, j’ai eu le cancer du sein et deux ans plus tard, j’avais des questionnements. Au départ, je voulais subir une reconstruction mammaire, et quand le médecin m’a appelé, je me suis dit : “Non, je n’en veux pas je n’en veux plus du tout” », explique Louise.
À 60 ans, l’intervenant et conférencier a également reçu un diagnostic d’autisme. Bien avant celui-ci, Louise avait l’habitude de s’entourer de personnes autistes. C’est en discutant avec elles qu’il a appris qu’une proportion significative de personnes transgenres se situent sur le spectre de l’autisme. Pour lui, le lien entre l’autisme et la transidentité semblait logique : « Je ne vois pas vraiment le féminin ou le masculin, si ce n’est pas qu’on me le dit », souligne-t-il.
Même si Louise a effectué une transition, il adopte une conception fluide du genre. « Je remarque que dans mon parcours de vie, j’ai toujours eu le côté féminin et le côté masculin très forts. S’il n’y avait pas les normes sociales, je me mettrais parfois en robe. Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence. Je me sens la même femme que j’ai toujours été. »
D’ailleurs, Louise ne s’en fait pas avec l’utilisation des pronoms féminins ou masculins : « Quand je m’exprime, je parle souvent au féminin, mais si une personne est plus à l’aise d’utiliser des pronoms masculins, il n’y a aucun problème, parce que je porte les deux. »
Il y a un an, Louise a repris son nom d’origine, ce qui lui permet d’exprimer ces deux facettes de son identité. « C’est sûr que le clash est plus gros. Quand quelqu’un me demande mon nom et que je dis “Louise”, tout de suite, on me dit : “Ah, Louis”. Je réponds : “Non, Louise”. J’aime ça parce que ça me donne la possibilité de dire oui, je suis une personne trans, mais mon nom d’origine je l’aime et j’ai décidé de le reprendre. Et lorsque l’appellation est complète sur certains documents, c’est M. Louise Tremblay. Je me dis : “Wow, c’est beau, j’ai tout là-dedans”. »
Exprimer cette fluidité de genre comprend toutefois certains défis, surtout dans le contexte d’une génération plus âgée. « Ce serait plus facile pour moi si j’étais dans la vingtaine. En étant dans la soixantaine, on vit plus d’isolement. Les gens sont gentils, ils essaient, mais ça reste qu’il y a toujours un petit malaise. Au niveau des relations intimes et des relations de couple, on oublie ça. C’est trop compliqué », confie Louise.
« Pour les gens de cette génération, si tu parles d’homosexualité, d’une personne lesbienne, c’est correct, on comprend. Mais moi, je suis très parapluie. J’ai eu des moments où j’ai été avec un homme, j’ai eu des enfants, j’ai été maman, j’ai passé une grande partie de ma vie comme étant lesbienne. Maintenant, j’ai fait la transition. C’est ce côté-là qui devient difficile », complète l’intervenant.
Sensibles à la différence
Lorsque Louise interagit avec les participants de l’Académie des Arts Trouve Ta Voie, il remarque une grande ouverture à la pluralité des identités et moins de préjugés. « Puisqu’ils font déjà face, de par leur handicap, au regard des autres, ils sont plus sensibles et plus ouverts. Ça fait juste un an que j’ai repris mon nom d’origine et quand je suis arrivée avec ce nom, c’était : “Ah, OK”. Ç’a super bien été. »
Sarah McIntosh, une participante à l’Académie des Arts, s’identifie comme étant asexuelle et aromantique depuis quelques années, c’est-à-dire qu’elle n’est pas intéressée par les relations romantiques et sexuelles. C’est en faisant des recherches sur internet qu’elle est tombée sur ces termes, dans lesquels elle s’est reconnue.
L’orientation sexuelle de Sarah a été bien accueillie, tant par les autres participants de Trouve Ta Voie à qui elle en a parlé que par son entourage. « Mes proches ont validé tout ce que j’ai dit. Je ne pense pas qu’il y ait vraiment de gens qui m’ont jugée », explique-t-elle.
Elle adopte aussi une perception plutôt souple du genre. Bien qu’elle s’identifie comme une femme, son expression de genre varie : elle se présente parfois de manière plus masculine et, d’autres fois, plus féminine. « Parfois, j’agis comme un gars, un tomboy. Je dirais qu’il y a un peu des deux : moitié féminine, moitié masculine », précise-t-elle.
Cette liberté d’être soi-même, de s’exprimer de façon flexible et de bénéficier de l’ouverture de sa communauté et de son entourage peut certainement nous en apprendre beaucoup sur l’ouverture à la diversité.
« Il faudrait que les personnes neuroatypiques servent de modèles. On passe souvent à côté de ces personnes, comme si elles n’avaient rien à nous enseigner. Je trouve qu’il faudrait prendre le temps de s’arrêter auprès des gens différents, parce que je pense qu’ils ont beaucoup à nous enseigner. Ce qui est dommage, c’est que souvent, ceux qu’on entend, c’est ceux qui sont dans la norme. Ce serait le fun qu’on donne plus la parole à ceux qui sortent de la norme », conclut Louise.
L’auteure
Quelques sources sur la diversité sexuelle et de genre chez les personnes neuroatypiques
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