L’anxiété, une réalité commune chez les personnes neuroatypiques

L’anxiété, une réalité commune chez les personnes neuroatypiques

Le stress et l’anxiété ne se manifestent pas de la même façon chez tout le monde. À l’occasion du Mois de la sensibilisation à la santé mentale, nous avons exploré la manière dont les personnes neurodivergentes vivent cette réalité, tant dans leur quotidien qu’à travers les activités proposées par l’Académie des Arts Trouve Ta Voie. 

L’anxiété est une réalité fréquente chez les personnes neuroatypiques, notamment en raison d’une hypersensibilité sensorielle qui peut générer du stress, ainsi que des défis liés aux interactions sociales et à l’adaptation à des environnement pensés pour des personnes neurotypiques. 

Émilie Danis, responsable des interventions à Trouve Ta Voie, constate que l’anxiété est un enjeu particulièrement présent chez les participants de l’organisme : la majorité vivent de l’anxiété, et environ la moitié ont reçu un diagnostic. C’est le cas, par exemple, de Jessica Bragdon, qui fait partie de l’Académie depuis cinq ans.

Cette dernière vit avec un trouble d’anxiété généralisé qui s’est développé vers la fin de l’école primaire et au début du secondaire, raconte-t-elle. « L’anxiété est encore là, mais elle est beaucoup moins forte que quand j’étais plus jeune », souligne Jessica, qui a aujourd’hui 28 ans. 

La médication aide, ainsi que différentes techniques qu’elle a développées au fil du temps : elle fait notamment des exercices de respiration et prend des marches. « Ce qui peut aussi me sortir de l’anxiété, c’est de lire des pages Wikipédia ! », ajoute-t-elle.  

Jessica a joué le rôle d’Elsa dans la comédie musicale de la Reine des Neiges présentée en avril dernier, et participe également aux spectacles de l’Académie. Le fait de performer devant une foule ne lui génère toutefois « pas du tout » d’anxiété. Au contraire, elle considère l’art comme un anti-stress : « ça occupe mon esprit », dit-elle. 

Ce sont plutôt les périodes de changement et de transition qui sont anxiogènes. Jessica vit aussi de l’anxiété de performance à l’école, notamment lors des examens. 

Particularités et intervention 

Les activités proposées à l’Académie des Arts, comme la danse, le chant et les spectacles annuels, peuvent occasionner du stress. Or, l’anxiété vécue par les participants de Trouve Ta Voie se manifeste un peu différemment de ce à quoi on pourrait s’entendre. 

Émilie Danis remarque que ce n’est pas nécessairement le spectacle en soi qui génère de l’anxiété, mais plutôt la « surcharge sensorielle » qui accompagne ce genre d’événement. « Ce n’est pas tant l’idée de faire le spectacle qui les rend nerveux, mais quand ils arrivent dans le bruit et dans les gens, ils se sentent surchargés au niveau des sons et des changements », explique la responsable des interventions. Des imprévus, des transitions ou des explications mal comprises sont quelques éléments pouvant créer du stress. 

L’anxiété dont Émilie est témoin au quotidien à l’organisme se manifeste davantage dans le comportement que par les mots, ce qui influence la façon dont elle intervient. « Si toi tu me fais une crise d’anxiété, je vais essayer de te ramener au rationnel. On va décortiquer ensemble la logique de ce que tu ressens, mais pour eux, c’est plus difficile de faire ça. » 

« Nous, notre anxiété part surtout de nos pensées. On se fait des scénarios catastrophes, on imagine plein d’avant et d’après. Mais eux, ils ne vont pas toujours aussi loin : c’est maintenant, je me sens comme ça, je panique. Avec des personnes neurodivergentes, on travaille surtout à réguler le système nerveux et non les pensées en soi, parce que c’est leur corps qui n’est plus capable », précise Émilie. 

Les intervenants favorisent donc l’auto-régulation et la distraction, par des jeux ou le fait de penser à des choses positives. Lors des spectacles, des espaces calmes sont également aménagés pour permettre aux participants de s’y reposer. Conscients que l’imprévisibilité peut également générer du stress, les intervenants s’assurent que chaque étape est claire et avertissent les participants avant chaque transition. « On leur fait aussi comprendre qu’on est là pour eux, qu’on va les accompagner, peu importe comment ils vont se sentir », ajoute l’intervenante. 

Celle-ci donne l’exemple d’une participante qui est dans la troupe de danse. Lors des spectacles, il lui arrive souvent de pleurer et de ne plus vouloir monter sur scène. « On y va tranquillement, en disant : “ok, il n’y a pas de problème. Tu ne veux pas le faire, mais veux-tu venir avec moi, on va le regarder en arrière-scène ?”. On le regarde et on a du plaisir. Puis, à un moment donné, elle part et elle y va en courant ! Elle ne peut plus se retenir de ne pas faire partie de ça, c’est sa gang, c’est son moment », illustre Émilie.  

Dans des contextes comme celui-là, la responsable des interventions cherche d’abord à normaliser l’émotion vécue, puis donne des choix à la personne, ce qui lui permet de penser à autre chose et de reprendre le contrôle sur la situation. « On peut lui demander : “Veux-tu être en avant ou en arrière de telle personne ?” ou “Veux-tu que je te prenne la main pour y aller, ou tu veux y aller toute seule ?”. Ils sentent qu’ils peuvent changer d’idée, et qu’on est là de toute façon. » 

L’approche du personnel de l’Académie des Arts fait également toute la différence : ils sont dans l’expérience et non la performance. « À partir du moment où ils ont réussi à faire quelque chose, on va aller chercher le bon de ça. Si elle a échappé la fleur dans la chorégraphie, elle sait qu’elle a fait une erreur, mais on ne va même pas lui en parler. On va juste dire : “Tu l’as fait, tu es montée sur scène” », partage Émilie. Les participants retirent beaucoup de fierté de ces événements et gagnent en confiance, ce qui peut réduire l’anxiété dans d’autres sphères de leur vie. 

Déjouer l’anxiété sociale 

Confrontées au regard des autres et à des rapports sociaux parfois difficiles, les personnes neurodivergentes sont nombreuses à développer de l’anxiété sociale. Émilie Danis constate que ce défi est largement répandu à Trouve Ta Voie. « Du moment où tu es différent, que tu parles souvent des mêmes sujet, que tu bafouilles ou qu’au contraire, tu ne parles pas et que tu restes dans ton coin, les gens te font comprendre que tu n’es pas dans la norme et que tu n’es pas comme les autres », souligne-t-elle. 

Le sentiment d’être jugées ou différentes peut amener les personnes neurodivergentes à se montrer plus méfiantes dans leurs relations avec les autres et à ressentir davantage de stress lors des interactions sociales. « Elles sont très sensibles à notre énergie et vont tout analyser. Elles les voient les regards au magasin ou à l’épicerie, elles sentent qu’elles ne sont pas pareilles. Déjà, tu as un malaise à être toi, et tu te présente à un groupe et tu t’imagines que tu vas être weird ou que les gens ne t’aimeront pas », illustre la responsable des interventions. 

À l’Académie des arts, on cherche justement à offrir des expériences sociales positives et à montrer aux participants qu’il est possible de créer des liens significatifs et de renforcer leurs habiletés sociales. L’organisme essaie parfois de créer des jumelages entre des participants susceptibles de bien s’entendre. « Je les évalue et quand j’ai un feeling que deux personnes vont faire une belle paire, on les met ensemble dans le groupe. C’est du renforcement positif qu’on fait dans le fond », complète Émilie. 

L’auteure

Ève Ménard

Journaliste, étudiante à la maîtrise et bénévole à l’Académie des arts Trouve ta voie.

Fédération québécoise de l’autisme

​www.autisme.qc.ca/

​​Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme

​www.institutditsa.ca

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