La philanthropie, un moyen de financement essentiel pour les organismes
En janvier 2026, l’Académie des arts Trouve ta voie a lancé officiellement sa première grande campagne majeure, dont l’objectif est d’amasser 500 000 $ sur trois ans. Si l’organisme fait de la philanthropie depuis ses débuts, à travers des levées de fonds et la sollicitation de commanditaires, il se consacre davantage à ce mode de financement depuis quelques mois.
« On pousse plus loin et on fait des demandes beaucoup plus significatives pour atteindre les moyens de nos ambitions », résume Joëlle Doré-Hébert, qui dédie dorénavant environ la moitié de son temps à la philanthropie. Le rôle de la fondatrice de l’organisme a d’ailleurs été redéfini, elle qui occupe le poste de directrice artistique et directrice philanthropique depuis bientôt deux ans.
L’objectif de cette campagne majeure consiste notamment à diversifier les revenus de l’organisme, un élément essentiel à sa croissance et à sa pérennité. « C’est comme ça qu’on réussit à croître et à offrir des services, parce qu’il n’y a aucune assurance que, par exemple, l’argent nous sera encore remis durant la campagne du Biscuit sourire l’an prochain. On pourrait perdre 100 000 $ du jour au lendemain. C’est pour cette raison qu’il faut que nos revenus proviennent de plusieurs bailleurs de fonds », explique Joëlle.
L’argent amassé durant la campagne permettra de bonifier les services de l’Académie des arts Trouve ta voie. Entre autres, l’organisme souhaite continuer d’offrir la gratuité, étendre ses services dans de nouvelles localités et mettre en place un programme d’ateliers artistiques destinés aux classes spécialisées dans les écoles primaires et secondaires.
Cette démarche, bâtie en collaboration avec la conseillère philanthropique Élaine Lalonde, illustre bien l’importance de la philanthropie pour les petits organismes, en plus de mettre en lumière les dessous d’une campagne et les composantes clés qui font son succès. Nous en avons discuté avec différents acteurs qui contribuent à son déploiement.

« Une business de relations »
Les premières rencontres entre Joëlle et Élaine ont servi à jeter les bases de la campagne et de son déroulement, à identifier les besoins et les objectifs de l’organisme, à déterminer un montant réaliste à atteindre et à bâtir un argumentaire pour approcher les bailleurs de fonds potentiels. Une liste a d’ailleurs été réalisée pour identifier les personnes, entreprises ou fondations susceptibles de donner.
En parallèle, un cabinet de campagne composé d’une douzaine de personnes influentes dans la région des Laurentides a été mis sur pied. Il s’agit d’une facette essentielle à une initiative philanthropique. Pour Élaine Lalonde, ce qui fait le succès d’une telle campagne, c’est non seulement la volonté des personnes dirigeantes, mais aussi l’investissement des gens autour de la table. « C’est une business de relations, la collecte de fonds », affirme-t-elle.
« C’est essentiel dans l’atteinte des objectifs d’avoir des gens passionnés qui ont un réseau aussi et qui sont prêts à nous en faire bénéficier », réitère Joëlle Doré-Hébert. En effet, la présence des ambassadeurs et des ambassadrices, qui sollicitent chacun de leur côté, permet à l’organisme d’agrandir son réseau de contacts et d’accroître ses opportunités de décrocher des dons.
L’une des membres du cabinet, Chantal Labonté, s’implique beaucoup dans sa communauté, dont à titre de présidente du Club Optimiste Sainte-Thérèse. Également comptable de profession, elle possède une riche expertise dans la recherche de financement et un réseau étoffé. Ses contacts lui ont justement permis de décrocher un don auprès de Desjardins, avec qui le Club Optimiste fait affaire, pour l’Académie des arts.
« J’ai approché la direction que je connais et je leur ai parlé du projet de Trouve ta voie. Ils sont venus visiter l’emplacement, Joëlle a fait une présentation et on est allé chercher 30 000 $ ! », souligne Chantal Labonté, dans un exemple qui illustre bien comment la force du réseau fait la différence.
Cette dernière n’a pas peur non plus de demander. « Avec l’expérience, j’ai une facilité à approcher les gens pour leur expliquer les objectifs d’une collecte », explique-t-elle. « Je suis assez persévérante aussi. Si je n’ai pas de réponse, je vais réessayer une deuxième, puis une troisième fois. Je me dis toujours que j’ai une chance sur deux qu’on me dise oui, j’ai une chance sur deux d’obtenir une réponse positive pour aider les gens. C’est ce qui me motive beaucoup à m’impliquer », complète Chantal.
D’ailleurs, Élaine Lalonde rappelle que la raison principale pour laquelle les gens ne donnent pas, c’est qu’on ne leur demande pas. « Les gens ont peur de demander, mais si tu ne demandes pas, tu n’as rien. Et tu ne demandes pas pour toi, tu demandes pour un organisme qui fait beaucoup de bien à beaucoup de monde », constate-t-elle.
« Après, il y a tout le volet communication, à savoir si tu es capable de bien communiquer ton projet. Pour des gros dons, il faut aussi avoir des stratégies, tu dois faire des recherches. Plus tu connais ton prospect, plus tu as de chances de réussir », ajoute Élaine.
Propager le message
Au-delà de la sollicitation pour des dons, il s’agit aussi de transmettre la mission de l’organisme et de la faire connaître. Plus il y a de personnes qui connaissent l’existence de l’organisme, et plus il a de chances que, parmi ce bassin, une, deux, ou plusieurs personnes s’y intéressent et choisissent de s’impliquer, d’une quelconque façon. C’est d’ailleurs une philosophie que partage Guy Michaud, fondateur de la Corporation Genacol-Canada et donateur pour Trouve ta voie.
Dans son cas, Guy Michaud était lui-même allé vers l’organisme lors d’un spectacle de l’Autiste Show, piloté par Emmanuel Auger. Interpellé par la mission de l’Académie des arts, il a fait un don à l’organisme à partir du fond de la famille Michaud, et s’est à nouveau impliqué dans le cadre de la campagne majeure.
Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui a l’occasion de croiser ou d’approcher l’organisme, d’où l’importance de faire connaître ses services. « Si à toutes les 100 personnes à qui tu transmets le message, il y a deux personnes que ça intéresse, au bout du compte, ça en fait du monde », indique Guy Michaud. « Des gens pour qui la cause tient à cœur, il y en a plus qu’on pense. Tout le monde connaît quelqu’un qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme. »
Selon lui, il ne faut pas seulement s’adresser à des philanthropes, mais à tout le monde. « Tu peux rencontrer quelqu’un pour qui ça lui tient à cœur, mais qui ne sait pas comment participer », dit-il. D’ailleurs, au-delà des dons en argent, chaque personne peut faire une différence, à sa façon. Ça peut être d’offrir son temps comme bénévole, ou encore, tout simplement, de parler de l’organisme à son entourage.
Diversifier ses revenus grâce à un effort concerté
La philanthropie est une avenue indispensable au financement des organismes et à leur pérennité. « C’est nécessaire, parce que c’est de plus en plus difficile de trouver du financement, par exemple auprès du gouvernement », précise Chantal Labonté.
Et même si l’organisme reçoit un financement récurrent, comme l’Académie des arts Trouve ta voie, qui bénéficie depuis trois ans d’un financement à la mission du Ministère de la Culture et des Communications, ce n’est souvent pas suffisant pour améliorer les services. C’est là où des campagnes majeures, comme celle-ci, peuvent faire la différence et permettre de croître. « Ça peut être transformationnel », affirme Élaine Lalonde.
Le fait de diversifier ses revenus et de récolter une somme importante sur une période définie permet aussi d’alléger la pression sur l’organisme qui, autrement, est en recherche constante de financement. Il peut alors davantage se concentrer sur les services offerts. Dans le cadre d’une campagne majeure, les efforts sont également multipliés, ce qui peut rentabiliser les résultats.
« Au lieu de mettre de l’énergie sporadique tout au long de l’année, ce qui demande aussi du temps, une campagne majeure permet à l’organisme d’aller chercher des ressources externes et des personnes alliées. On concentre alors les efforts sur un court laps de temps et on va chercher le maximum avec un bon réseau de contacts », résume Chantal Labonté.
Enfin, les initiatives philanthropiques contribuent à faire connaître l’organisme à un plus large éventail de personnes, ce qui, d’un point de vue marketing, peut être très bénéfique.
Un investissement à l’échelle humaine
Ce qui est magnifique lorsqu’on s’implique ou qu’on soutient financièrement de plus petits organismes bien implantés dans leur communauté, c’est qu’il est possible de voir concrètement les impacts de son support. Chantal Labonté, qui se décrit comme une personne généreuse de son temps, constate que cette dimension de l’implication communautaire est particulièrement gratifiante.
« Le fait que ce soit plus local, ça rend l’impact plus concret. Ça te permet de voir les résultats, d’être en contact avec ceux qui peuvent en bénéficier. C’est ce qui fait que j’aime m’impliquer au niveau communautaire. Je croise les gens, je connais l’organisme, on voit les familles, donc l’impact est beaucoup plus palpable. C’est valorisant, parce que c’est profondément humain », explique-t-elle.
Élaine Lalonde considère elle aussi que sa carrière dans le secteur de la philanthropie est porteuse de sens. « L’une des choses que je trouve gratifiante,c’est que je travaille avec des gens généreux, qui sont inspirants. Je trouve qu’il y a trop d’iniquités dans le monde, et il y a des gens qui en ont trop », précise la conseillère.
De son côté, Guy Michaud veut être touché, directement ou indirectement, par les causes qu’il endosse, et surtout, sentir que son argent va au bon endroit. « Je ne peux pas choisir toutes les causes de la Terre, j’ai quand même un budget limité. Mais la façon dont fonctionne votre organisme, je sens que l’argent que je donne va vraiment pour la cause. C’est important pour moi : les causes que j’endosse, je veux être sûr que l’argent va à la bonne place », explique-t-il.
Sans rien enlever à de grosses fondations, ce niveau de confiance semble être plus facilement atteignable avec de petits organismes, comme Trouve ta voie. Selon Guy Michaud, cela pourrait d’ailleurs constituer un argument philanthropique en soi pour l’organisme : savoir où va son argent et à quoi il sert.

L’auteure
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